Entretien de Goerges Tarer 14/08/2008

Publié le par anniebabu

 

 

 ENTRETIEN de  GEORGES TARER

14/08/2008

 

Membre du comité de parrainage de l’ADMD

 

avec Annie Babu  Déléguée nationale pour la Guadeloupe

 

 

Annie : George, après notre rencontre, et le grand intérêt que vous avez porté aux idées et aux actions de l’ADMD, je vous ai demandé si vous accepteriez d’être la première personne et en même temps la première femme de Guadeloupe voire caribéenne, à faire partie du comité de parrainage de notre association .

Après quelques jours de réflexion, vous m’avez donné votre accord et aujourd’hui je voudrais vous demander de nous en donner les raisons.

George: je suis sage–femme et j’ai donné la vie à des milliers de guadeloupéens ; aujourd’hui à 87 ans, je suis « en fin de cursus de ma vie » et je réfléchis tranquillement sur les réalités de la vie et de la mort…

En Guadeloupe, les questions de mort sont encore trop souvent taboues, mais nous devons regarder en face cette réalité de manière sereine et être capable d’en discuter sans crainte puisqu’elle est inéluctable.

Depuis longtemps les différentes activités et responsabilités que j’ai eu soit dans le domaine de la santé ou ’à l’hôpital ou j’ai exercé pendant plus de 37 ans, soit à la Télé–assistance dont j’ai eu l’initiative et la présidence, m’ont permis de constater la dégradation des personnes en fin de vie et leur grande détresse.

Ce sont les raisons pour lesquelles j’ai toujours pensé qu’on avait « le droit de mourir dans la dignité »

Annie : Alors que vous me disiez qu’aujourd’hui après une vie bien remplie, avec de nombreux engagements militants, vous pensiez à vous mettre finalement en peu en  retrait, y a t- il d’autres raisons qui vous donnent envie de rejoindre l’ADMD et son comité de parrainage ?

George : quand je vous ai rencontrée, Annie, les convictions que j’avais toujours eues sur ce sujet se sont renforcées ; d’autant plus quand j’ai découvert qu’un professeur d’obstétrique de renommée mondiale, le professeur Papiernik , adhérait à ces idées et faisait lui même parti du comité de parrainage.

Annie :  Georges pouvez-vous me dire ce que signifie pour vous les paroles « mourir dans la dignité » ?

Georges : pour moi, aujourd’hui, voilà comment je pourrais l’expliquer :

À partir du moment ou le diagnostic fatal est annoncé et que la dégradation physique est annoncée, je ne veux pas « finir comme un légume ».

Je refuse catégoriquement tout acharnement thérapeutique et autres soins palliatifs car les mesures de prolongations de l’agonie s’avèrent bien souvent éprouvantes et inutiles.

Les tentatives de résurrection miraculeuse sont pour moi attentatoires à la morale, à la dignité, au respect de la personne que l’on chosifie, selon le bon vouloir des uns et des autres, et cela le plus souvent sans tenir compte de la volonté exprimée par l’intéressé encore en pleine possession de ses facultés mentales.

Je veux :

-                Partir sans provoquer lassitude, épuisement et souffrance de ceux qui m’entourent. 

-                Partir sans susciter feinte compassion de sa misérable déchéance et surtout hypocrisie de circonstance : « la mort enterre l’homme, déterre ses qualités ».

-                Partir sans que certains éprouvent dans le secret de leur cœur un lâche soulagement à force de veiller ce mort qui n’en finissait pas de mourir.

Quoi qu’on fasse nous devons reconnaître notre impuissance devant cette réalité incontournable : la vie est un continuum, on naît.. on meurt,c’est la dernière étape pour tous les êtres humains. 

Je pense que la mobilisation autour d’un être cher, qui souvent nous a déjà quitté depuis longtemps, si légitime soit–elle, ne justifie pas la débauche de moyens humains et financiers pour le maintien d’une survie artificielle.

L’agitation stérile de maintenir la personne en vie coûte que coûte  bien souvent à l’encontre de sa volonté n’est que vanité, gaspillage et violation du droit de mourir dans la dignité.

J’ajouterais encore que je pense que les sommes folles jetées dans « la fosse ou dans les flammes » pourraient être consacré aux œuvres de vie ; pourquoi pas par exemple pour aider des parents ou des enfants en difficulté ou encore la solidarité humaine comme la recherche scientifique ?

Quoi qu’il en soit ceux qui adhèrent à ces idées de mourir dans le respect de leur dignité sont de plus en plus nombreux et j’ai décidé d’en faire partie.

Annie : Georges, vous êtes une femme très connue et même reconnue  en Guadeloupe. Comment pensez- vous pouvoir m’aider pour faire mieux connaître les idées de l’ADMD ?

George : étant souvent « interlocutrice » des médias en Guadeloupe, je suis très écoutée par un large public ; par exemple à la suite des émissions que nous avons faites ensemble sur les radios locales sur le thème de la fin de vie, de nombreux auditeurs  et des personnalités du monde médical et politique m’ont avoué adhérer aux idées que nous avons développées pendant ces émissions.

J’ai beaucoup milité dans ma vie sur le plan politique, syndical et humanitaire et aujourd’hui faire prendre conscience à mes compatriotes de ces réalités sur la fin de vie sera mon dernier combat.

 

Annie : un très grand merci, George, pour vos réponses claires et précises. Je suis certaine que grâce à votre engagement et votre aide nous pourrons développer en Guadeloupe les idées auxquelles nous croyons :

qu’un « cœur conscient » permet d’affronter plus sereinement

et de manière plus responsable des réalités dures mais inéluctables.

 

 

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Association pour le droit de mourir dans la dignite      ADMD     www.admd.net

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